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Il est impossible de savoir ce que l’on ne sait pas! Apprenons à reconnaître les préjugés!

Ketan Kulkarni's story on Equity
Ketan Kulkarni
Médecin

En tant que médecin appartenant à une minorité PANC (personnes autochtones, noires et de couleur), j’apporte à la table une grande variété de nuances qui forment un ensemble complexe. J'ai la chance et le privilège de soigner des patients atteints de maladies du sang et de cancers et d'aider des familles aux antécédents très variés, qu’il s’agisse de nouveaux arrivants ou de Canadiens de souche.

J’ai récemment vécu une expérience particulièrement remarquable et instructive alors que je m’occupais d’une famille noire. La situation a bien illustré la quantité de travail que nous devons accomplir pour garantir la présence d’un personnel de santé véritablement équitable et diversifié et pour fournir des soins de qualité à tous les Canadiens, quelles que soient leurs origines et leurs caractéristiques sociodémographiques.

Alors que je faisais mes rondes, je suis entré dans la chambre d'une enfant qui avait de la fièvre. Sa mère était à son chevet. La famille est d'origine noire. Nous avons eu un entretien approfondi sur les progrès de l'enfant, sur ce qu'elle ressentait ce jour-là. J'ai expliqué à la famille en quoi consistait mon plan de prise en charge.

Un jeune professionnel a alors fait irruption dans la pièce, sans frapper. Il n'a pas remarqué que j'étais déjà en train de discuter avec la famille et n’a pas non plus remarqué mon insigne ou mon stéthoscope. M'ignorant complètement, il a commencé à parler à la mère et à l'enfant, leur demandant comment ils allaient et ce qui se passait. Il s'est présenté comme un étudiant en médecine. C'était un jeune homme de race blanche.

La conversation s'est poursuivie pendant plusieurs secondes. En vain, j'ai essayé d’attirer son attention, mais il m’a tout simplement ignoré.

Finalement, je l'ai interrompu, lui disant que j’étais déjà en train de discuter avec la famille. Je lui ai demandé s’il pouvait revenir. Confus, l'étudiant a réalisé son erreur et est parti.

Il avait présumé que j'étais le père de l’enfant. Je suis d'origine sud-asiatique, j'ai la peau brune et mon héritage et mes caractéristiques physiques diffèrent manifestement de ceux des personnes de race noire. Bien qu'il soit tout à fait possible d'avoir des membres de la famille ayant des origines différentes, cette supposition m'a laissé perplexe. Pourquoi l'étudiant n'a-t-il pas demandé qui était présent dans la pièce? Pourquoi, malgré mes tentatives, n'a-t-il pas remarqué qu'un professionnel de la santé était déjà en train de discuter avec la famille? Comment expliquer une telle situation?

"À la réflexion, j'ai réalisé qu'il s'agissait probablement d'un préjugé cognitif inconscient plutôt que d'une simple réaction."

L'étudiant a présumé à tort que toutes les personnes de couleur appartiennent au même groupe. Il ne lui est pas venu à l'esprit qu'une personne appartenant à une minorité raciale visible pouvait être le médecin traitant et en l’occurrence, son supérieur. L'étudiant n'a pas reconnu la nécessité d'évaluer la dynamique des personnes présentes dans la pièce. Il a fait preuve de plusieurs préjugés cognitifs qui devaient être reconnus et corrigés.

Tout d'abord, les préjugés implicites se sont produits automatiquement et probablement de manière non intentionnelle. Cependant, cela a amené l'étudiant à faire preuve d’impolitesse et à omettre de reconnaître qu'un professionnel de la santé appartenant à une minorité raciale visible était en train de discuter avec la famille.

Selon toute vraisemblance, le fait que les personnes d'origine africaine et asiatique constituent une minorité dans les centres de soins tertiaires et quaternaires de plusieurs villes du Canada a également contribué à alimenter l'hypothèse erronée.

Une analyse plus approfondie a également mis en évidence l'effet Dunning-Kruger. Cet effet se produit lorsque le manque de connaissances et de compétences d'une personne dans un certain domaine l'amène à surestimer ses propres compétences. L'étudiant a probablement surestimé sa capacité à prodiguer des soins dans ce contexte, alors qu'il ne possédait pas les compétences nécessaires pour faire preuve de professionnalisme et de bonnes manières au chevet de la patiente.

J’ai pu avoir avec lui une discussion plus approfondie et utiliser la situation comme une expérience éducative. L'étudiant s'est bien sûr excusé, insistant sur le caractère non intentionnel de son erreur. J'ai insisté pour que la discussion avec l'étudiant soit axée sur une expérience éducative constructive, plutôt que sur une punition. Cette situation a mis en évidence la nécessité de reconnaître les préjugés inconscients que nous sommes tous susceptibles d'avoir. Il s’agit de stéréotypes acquis à l’égard de certains groupes et dont nous ne sommes pas conscients. Ces stéréotypes ont souvent tendance à être automatiques, involontaires et profondément ancrés dans notre système de croyances. Ils ont la capacité d'affecter notre comportement et nos actions.

Cette expérience m'a permis de mieux comprendre le travail nécessaire pour aborder véritablement la question de l'équité, de la diversité et de l'inclusion dans nos soins de santé. Nous avons besoin d'un cadre solide pour notre programme d'études caché et nous devons mettre l'accent sur la formation relative à l'équité, à la diversité et à l'inclusion dès le début de la carrière médicale.

Des mesures pratiques doivent être prises pour inclure la reconnaissance des préjugés cognitifs courants, former chacun à prendre conscience de ses aveuglements potentiels et de ceux des autres. Le fait d'attirer l'attention sur les préjugés cognitifs et d'y remédier contribuerait de manière significative à la réalisation de notre mission, à savoir la formation d’un personnel de santé équitable, diversifié et accessible et des soins de santé pour tous.

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Équité
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